Les Hanches Larges

8. De la rue

Il est plus de 2h du matin, elle rentre chez elle.
8.
Il est tard mais il fait encore chaud. La rue est déserte. Les fenêtres des immeubles alentour sont ouvertes, on aurait l'impression de sentir les corps des gens attendant un souffle d'air pour les rafraîchir. Ses talons claquent sur la macadam. Elle aime ce bruit. A chaque pas, elle se sent en danger. Son pied droit semble crier à qui veut l'entendre « je suis une fille et je marche » et comme aucun bruit ne l'accompagne, son pied gauche répondrait « je suis une fille et je marche,seule, mes pieds serrés dans des souliers à talons hauts, je suis peut être fragile...» Elle aime cette fragilité féminine. Parce qu'elle est travaillée et si souvent feinte.
Il est plus de 2 heures du matin et elle marche. Le long du canal St Martin, elle rentre chez elle.
Plus aucune traces des badauds qui grouillaient autour du corps. Plus de corps. Plus de cadavre. Plus de mort ?
Suffit-il que je disparaisse de ta vue pour cesser d'exister ?
Elle sourit. Un souffle d'air passe sous sa jupe. Enfin.

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