11. Avant un rendez-vous
Elle a rendez-vous avec Louis. Elle aime bien ce garçon. Il est doux et intelligent. Sa peau et la sienne semblent faites pour se toucher, ça n'est pas négligeable.
Ses cheveux gouttent dans sa nuque. Elle sort de la salle de bain embuée, sentant fort la framboise, le corps serré dans une serviette éponge blanche. Ses pieds laissent des traces humides sur le parquet de son petit appartement. Elle entre dans son dressing et laisse tomber sa serviette. Elle ne laisse jamais rien au hasard, qu'elle porte un jean déchiré ou une robe et des talons hauts. Devant le miroir, elle inspecte son corps. Imparfait. Féminin. Pas celui qu'on voit dans les magazines, pas celui dont rêvent les filles qui les lisent. Elle a la peau blanche et fine. Sur ses jambes et ses avant bras, on devine les veines bleues. Pour certains, elle a l'air malade, pour d'autres fragiles. Ses pieds sont longs et délicats, les ongles toujours vernis. Ses chevilles sont fines, comme ses poignets. Ses jambes sont parfaites, pas maigres, surtout pas musclées mais minces et parfaitement proportionnées. Les cuisses ont l'air d'avoir été créés pour être agrippées. Assez de chair pour être appétissantes. Au dessus, les hanches. Larges et souples, les fesses rebondies, délicieusement grasses; les os de son bassins saillants, elle les aime ainsi. Son ventre n'est pas tout à fait plat, parfois elle aurait voulu qu'il le soit. Mais il lui donne un aspect moelleux, tendre et chaleureux. Ses seins sont petits, fermes et ronds. Ils tiennent dans une main. Parfaits, diront ceux qui les ont tenus. Elle a les bras minces et les mains longues, blanches et fines. Son cou est mince aussi, ses clavicules marquées sous la peau à peine dorée par le soleil de la saison. Ce corps, elle ne l'a pas toujours aimé mais elle ne le changerait pas. C'est ce qu'elle est. Et elle sait le faire aimer. Une goutte d'eau glisse ente les deux fossettes qui marquent ses reins, elle tressaille un instant et cela l'a fait sourire.
Elle choisit une robe dos nu, en coton très simple, s'élargissant sous la poitrine, ne laissant rien deviner de ses formes, elle descend jusqu'au genou. Avec, une paire de tong. Pas besoin de soutien gorge, la robe serre ses petits seins, l'obligeant à se tenir droite, donnant l'impression qu'elle est coincée dedans, ils aiment bien croire qu'elle souffre pour leur plaire. Il fait chaud. Elle ne mettra pas de culotte non plus.
Elle prend un petit sac à fleur, relève ses cheveux avec deux baguettes chinoises, un chignon délibérément maladroit, une mèche mouillée et bouclée lui glisse dans la nuque, une autre lui barre le front. Elle se maquille légèrement. Un peu de noir autour des yeux, un gloss transparent sur les lèvres, on dirait un bonbon. Puis se parfume... Classique de Gaultier, un parfum doux, celui d'une femme, pas d'une petite fille, fleuri et poudré, faussement fragile, pas classique du tout, elle, précisément, en cet instant. Comme Marylin, elle suggère dans ses manières de le choisir et de le porter que ça suffirait à l'habiller.
Elle a rendez-vous avec Louis dans un petit bar à vins qu'elle apprécie, quai de Valmy. Ils se voient souvent en ce moment, il semble tenir à elle. Elle aussi.
Elle est la proie de qui elle choisit.
Par L'Excessive, Jeudi 30 Aout 2007 à 23:47 GMT+2 dans Les Hanches Larges (article, RSS)




