18. Un nom
Maintenant j'ai un nom. Mais ça ne me sert plus à rien, personne ne m'appelle. On enquête sur le mort de Jules Fromart, on cherche dans ma petite vie ce qui aurait pu me conduire à me faire étrangler et balancer dans le canal. On ne va sans doute rien trouver. Etrange que ma vie soit disséquée, que chaque fait soit analysé, qu'on tente de tout rattacher à cet endroit où on a trouvé mon corps. Mon nom lui même ne me semble plus avoir de sens. On ne me nomme plus puisque je n'existe plus. Je ne suis pas un concept, ni une figure célèbre dont le nom aurait valeur de signature même « après ». Mon nom est inutile. Que reste-t-il de moi ?
J'aimerai pouvoir vous dire des choses qui vous aideraient à comprendre comment et pourquoi vous m'avez trouvé là. Par où commencer ? Une certitude : je ne me serai pas jeter dans le canal.
Je m'appelle Jules Fromart. M'appelais... puisqu'il faut que je prenne cette habitude du passé... J'avais 27 ans depuis le 12 avril. J'étais étudiant. J'écrivais une thèse sur un sujet sans importance. Pour payer mes études, je bossais quelques heures dans un fast food, place de la République et faisait un peu de baby-sitting. J'aimais bien les enfants. J'me disais qu'un jour j'en aurais et que je ferai un bon père. J'habitais rue de Ménilmontant et j'aimais bien ça.A ce moment, je n'avais pas de petite amie. Je sortais d'une histoire un peu compliquée avec une fille passionnante mais empoisonnante. On s'était fait du mal. Peut être m'en avait elle plus fait que l'inverse. Je m'en remettais doucement. Je crois que j'étais plutôt un mec bien, sans histoire. C'est sans doute ce que dira mon entourage interrogé par Morlet et ses acolytes. Sans histoire... Je me voyais bien vieillir...
Par L'Excessive, Dimanche 23 Septembre 2007 à 22:46 GMT+2 dans Les Hanches Larges (article, RSS)




