Les Hanches Larges

19. L'autre fille

Elle attend son flic...

(oui L. c'est un clin d'oeil, j'espère qu'elle te plait comme ça...!) 

Stéphanie attend son flic. Elle lit une nouvelle de Valérie Mréjen, allongée sur le canapé violet, un verre d'eau gazeuse fraîche à portée de main. En fond léger, la compilation One des Beatles. Le livre laisse de l'espace à son esprit. Les brefs paragraphes racontent du quotidien rendue poétique par l'artiste. On s'y retrouve un peu et c'est parfois plus joli racontée par elle que vécu.

Elle se dit qu'elle n'est pas le personnage principal de l'histoire, que ça a toujours été le cas et que ça ne changera pas. Elle se dit qu'elle s'en fout, que le second rôle lui va très bien, qu'elle connaît son importance. Son flic par exemple... Entre eux, ça a été comme une évidence, immédiatement. Et immédiatement elle a compris qu'il y a des choses contre lesquelles elle ne pourrait lutter : son imper beige, son boulot, son attachement à  La Ville surtout. A la vie de La Ville. Les terrasses des troquets, les promenades sur le canal, les longs silences qu'Elle impose parfois, au milieu de tout Son bruit. C'est pour cela aussi, pour ces obsessions qui l'éloignent de tout et donc d'elle, qu'elle l'aime. Elle est la femme belle, calme et intelligente, qui sait qu'elle n'a pas besoin de lutter pour vaincre, c'est là sa force et c'est pour ça qu'il reste. Il a besoin d'elle comme d'un encrage. Il revient vers elle, toujours. Pas par habitude, mais pas nécessité. S'il l'a déjà trompée ? Elle ne pense pas. Il revient toujours.

On est en fin d'après midi, son service est bientôt fini, elle l'attend. Elle ne passe pas sa vie à ça mais elle aime cette douce impatience, cette légère angoisse de ne pas savoir s'il va rentrer tout de suite ou pas. Jamais elle ne se permettrai de l'appeler pour savoir. Qu'il se sache attendu, pas enchaîné. Elle le comprend si bien parce qu'elle fonctionne comme lui, a besoin du même espace de liberté, à des obsessions similaires. Beurre salé au petit déjeuner, des Converses et un jean usé, une seule cigarette dans une journée ordinaire, à la fenêtre de la cuisine, après le dîner, une passion pour les promenades sur les grandes places déserte de La Ville en pleine nuit. Là où il aime le monde dans La Ville, elle aime l'absence de monde, les lieux où les gens ne sont plus ou pas encore, où il ne reste que le souvenir de leurs pas et de leur présence, où leur absence est un « pas encore » et non un « jamais ». Tout est dans la possibilité de se rencontrer. Ils ont la même passion contemplatrice, le même amour du détail, de la sensation. Il aime être absent de leur appartement, travaillé à l'extérieur ; elle aime son bureau où elle s'enferme dès qu'il est parti pour composer des musiques de film. Elle n'est pas le personnage principale de l'histoire, mais sans elle rien ne tient debout, parce qu'elle le soutient, lui.

La clé tourne dans la serrure. Morlet entre dans le salon. Il s'approche d'elle et l'embrasse doucement, puis s'installe dans la fauteuil à côté d'elle. Il passe une main dans ses cheveux. Ses mains sentent le tabac. Pas un mot. Pas besoin, pas maintenant. Plus tard, quand l'instant des retrouvailles sera savourées. Alors ils se raconteront leur journée puis parleront de tout et de rien. Stéphanie n'attend plus son flic, il est rentré.

Vos commentaires

1 Le Mardi 25 Septembre 2007 à 07:49 GMT+2, par hauteclaire

Bonjour,
très belle description d'un moment d'une vie, d'une journée, d'une angoisse qui n'en est pas tout à fait une. J'aime vos ambiances en petites touches.
Amitiés et ...la suite!

2 Le Mardi 25 Septembre 2007 à 13:00 GMT+2, par L.

:)

3 Le Mardi 25 Septembre 2007 à 18:59 GMT+2, par Louise

Bonjour,

Toujours ce même bonheur à vous lire, pas un mot, pas besoin, pas maintenant...Stéphanie n'attend plus son flic, il est rentré.

Votre récit nous livre une atmosphère d'une grande élégance avec de très belles descriptions de la ville, des sentiments, des attitudes. Tout est dit.

A bientôt.

Louise.

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