Les Hanches Larges

20. L'autre garçon

Louis est un amant et il aime ça.

Face à son miroir, Louis scrute son visage , les doigts tirant sur la peau de ses joues. Elles sont un peu creusées, recouverte d'une fine barbe de trois jours. Il a la lèvre inférieur épaisse, marquée d'un pli au milieu. Son nez est fin, ses yeux marrons. Ses cheveux châtains forment une tignasse volontairement hirsute. Il a le menton bien dessiné, un visage offert, généreux, masculin avec ce qu'il faut de finesse dans les traits et les expressions. Sa peau est déjà légèrement cuivrée par le soleil. Ses doigts sont longs et fins, faisant paraître sa main plus petite qu'elle ne l'est. En réalité, la paume est large, chaude et volontiers enveloppante. Il porte une chemise de coton bleu pâle, un jean sombre et Jungle de Kenzo. Au poignet, un bracelet. Il mesure 1m78, est mince tout en ayant un torse et des épaules accueillantes. Il aime les filles un peu épaisse, à la peau généreuse et son corps à leur côté n'est pas celui d'un enfant qu'elle pourrait materner. Louis est un amant et il aime ça. Il songe à cela, le regard perdu dans son reflet, semblant y chercher quelque chose. Ses doigts jouent nerveusement avec ses cheveux, avec le col de sa chemise, avec son bracelet.

Elle.

Qu'est ce qu'Elle a changé à sa vie ? C'était comment Avant Elle ?

Différent.

Moins littéraire. Moins mis en scène. Moins tendu. Plus ennuyeux. Plus terre à terre. Moins parfumé. Moins vivant. Moins empoisonné.

De toute façon, maintenant elle est là. Il ne lutte pas contre elle, contre ce qu'elle lui fait ou ne lui fait pas. A présent, il lutte contre tous les autres. Elle n'est pas exclusive. Lui ne l'a jamais été non plus. La question de la fidélité n'est pas dans le partage du corps ou des instants mais dans l'intensité, dans l'implication de soi dans le moment qu'on passe avec l'autre. A chaque instant il est fidèle à celle ou celui avec qui il est.

Mais avec elle il a soudain du mal à envisager ça. Petit à petit, il ne supporte plus l'idée que sa peau blanche et fine ait été effleurée par d'autres mains que les siennes. Ses hanches larges, son ventre gras, sa bouche étroite, ses regards et son attention, ses paroles et ses sourires, il ne supporte plus des les partager. Alors même que c'est sa liberté qui l'attire, son air absent ou décidé, sa lecture de la vie, il découvre à présent la jalousie, la possessivité, la tentation de la prison amoureuse.

Il regarde son visage dans le miroir, son visage jeune, fort et beau - cela ne fait pas de doute. Il se trouve un regard étrange. Changé.

Vos commentaires

1 Le Jeudi 27 Septembre 2007 à 07:17 GMT+2, par hauteclaire

Bonjour Excessive,
un beau portrait masculin que la jalousie gagne peu à peu, "la créature aux yeux verts". J'aime vraiment beaucoup vos ambiance.
A bientôt

2 Le Vendredi 28 Septembre 2007 à 18:46 GMT+2, par Louise

Bonjour,

Entièrement d'accord avec Hauteclaire, c'est un magnifique portrait d'homme, c'est toujours avec beaucoup d'élègance que vous écrivez.

A bientôt.

Bien amicalement.

Louise.

3 Le Vendredi 5 Octobre 2007 à 12:31 GMT+2, par Em

"il découvre à présent la jalousie"
J'aime beaucoup ton regard sur cet amant.

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