Les Hanches Larges

24. La pluie, avant...

La pluie, comme une parenthèse...

La nuit est finie mais le ciel est bas et gris, il pleut encore. Tout est humide et moite, la ville sent le macadam mouillé, les quelques arbres reprennent une jolie teinte verte, comme s'ils respiraient à nouveau après une longue apnée. Les jambes, les bras et les pieds sont toujours nus, les peaux boivent l'eau du ciel. Elles sont encore tièdes de la chaleur emmagasinée dans les semaines précédentes. Les corps semblent heureux de cette pluie qui rend la ville grise. Les cheveux dégoulinent sur les petites robes à fleurs, les ongles des pieds vernis pataugent dans les flaques. On entend des rires.

 

Stéphanie boit son café à la cuisine. Morlet sort de la salle de bain, une serviette autour de la taille, son regard myope attendrissant cherchant la silhouette de Stéphanie. Elle en rit et lui tend ses lunettes. Elle apparaît, il l'embrasse et disparaît dans la chambre. Elle poursuit la lecture de son journal, perdant de temps en temps son regard sur les gouttes de pluie qui glissent le long de la vitre. Cette pluie qui nettoie et qui libère. Le temps s'étire sous le bruit de l'eau sur la vitre, le disque qui tourne en sourdine, le papier journal qu'on tourne, la tasse posée, la brioche grillée. Morlet vient s'asseoir en face de Stéphanie, elle lui tend la moitié du journal. Il lui sourit.

-         C'est agréable cette pluie... 

-         Oui. On  l'attendait tellement...

-         Je vais devoir partir déjà, je suis en retard...On dîne ensemble ce soir ?

-         Avec plaisir. Comme une affirmation : On sort ?

-         Ok.

Morlet enfile son imper beige et l'embrasse. Elle le regarde sortir de l'appartement, un dernier petit signe de la main avant de refermer la porte, le dos déjà tourné, le corps hors de chez eux.

 

Elle a embrassé Louis et quitté l'appartement comme un chat. Les chaussures à la main, le corps qui ne touche rien, à peine ses vêtements, le souffle retenu pour ne pas faire de bruit. Dehors il pleut toujours, il pleut enfin. Le ciel est fermé, bleu gris comme un mauvais décor, et pourtant cette pluie était tant attendue qu'il en devient beau. Une fois dans la rue, elle reste quelques minutes immobile sous l'eau, sentant chaque goutte qui tombe sur ses cheveux, sur ses bras nus, dans sa nuque, glissant le long de son dos, sur ses yeux grands ouverts et tournés vers les nuages. A ses oreilles tous les sons claquent et existent à nouveau, à ses yeux les couleurs revivent après avoir été effacés par la lumière trop vive, elle sent à nouveau toutes les odeurs de la ville, le béton et le macadam mouillés, la terre des espaces verts, comme une invasion de la nature, les voitures, leurs pneus et leur pots d'échappement, l'odeur de cette femme trop parfumée, de cet homme qui transpire, de celui là qui va travailler, de cet enfant qui se réjouit de cette eau et d'avoir réussi à convaincre sa mère de sortir sans prendre de douche - je n'ai pas eu trop chaud cette nuit maman !, il sent encore le sommeil... tout renaît de la pluie, après avoir été assommé par le soleil. Elle aussi. Elle rentre chez elle, trempée de cette eau, le sourire aux lèvres.

Elle ira dire ce qu'elle sait. Le peu qu'elle sait.

Vos commentaires

1 Le Lundi 15 Octobre 2007 à 07:35 GMT+2, par hauteclaire

Bonjour Excessive,
ambiance feutrée, pluvieuse et de soulagement après trop de chaleur. J'aime vos descriptions d'un Paris estival et pesant. Quant à l'intrigue...la suite!!
Amitiés

2 Le Lundi 5 Novembre 2007 à 19:26 GMT+2, par Rimmel

Style que je qualifierai de "plus apaisé" que lors de mon précédent commentaire, mais on sent sourdre quelque chose, là-bas dessous... Et on l'attend...
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