Les Hanches Larges

26. L'interrogatoire

Alors attention, chers lecteurs, ce passage est un essai, c'est du n'importe quoi, vous pouvez dire qu'on ne comprend pas, que vous détestez même, ça ne se reproduira pas de toutes façons...Désolée pour la gène occasionnée. Et puis peut être que ça vous plaiera un peu... A vite !

Morlet lui tend le briquet et allume sa cigarette.

 « Non, un temps - après quand j'ai entendu parlé de Jules Fromart, il était mort. »

 - Et tu l'a revu après ?

Il a envie de hurler pour qu'elle soit découverte, que tout le monde sache, pour qu'il n'y ait plus de Jules dans le canal. La seule ombre de sa vie, c'est elle... Il a envie de la secouer, de la frapper peut-être. Maintenant il la déteste. Cette petite garce !

Il la regarde comme un flic regarde un témoin.

 « C'est étrange comme impression, non ? »

Il écoute ce qu'elle dit, elle parle de la peau de son amant mort qui sentait le caramel. Maintenant un cadavre puant. En une seconde. En une seconde les choses s'arrêtent. En une seconde on passe d'un péché à un autre. Après la colère. Maintenant la jalousie. Avant la luxure. Désir, amour, haine, du pareil au même quand il voudrait être indifférent.

Ils ont pris des petits déjeuners au fast food, c'est assez dégueulasse, elle précise. Il s'en fout. Il s'en fout de leur quotidien. Ça n'apporte rien à l'enquête. Abrège ! Cette confession le rend jaloux, évidemment. Il ne l'aurait pas cru mais l'entendre parler comme ça d'un autre, exprimer aussi simplement un désir et sa disparition. Jaloux d'un mort... à cause d'une fille qu'il sait maintenant ne plus vouloir revoir en dehors de cette salle d'interrogatoire...

Ils ont fait l'amour le premier soir. Elle croit. Elle n'en est même plus sur, ça compte si peu pour elle. Elle frissonne peut être un peu. Parfois elle baisse les yeux et regarde la pointe de ses chaussures. Souvent elle remet une mèche de cheveux derrière son oreille. Ils dégoulinent dans son cou. Sa robe est rendue légèrement transparente par l'eau, elle ne porte pas de soutien-gorge, ses petits seins le provoquent sous le tissu fin.

Alors il la regarde. Puisqu'elle reconnaît qu'elle aime comme on la regarde. Ce garçon, c'est le regard qu'il a posé sur elle qui la touché. Egoïste ! Pourquoi on la regarde comme ça ? Pourquoi ce maudit dimanche ?

Maintenant il pleut partout.

Ben oui, parce qu'une rencontre ça tient à rien, beaucoup  à ça, à ce J'aime en toi ce que tu fais de moi. Je n'existe que dans ton regard, qu'elle dit. Et son petit sourire qu'on pourrait croire innocent. Méprise. Menteuse ! Il commence à la voir...

Elle est là, assise sur sa chaise en bois, une chaise en bois toute conne dans une salle d'interrogatoire moche, le regardant dans les yeux, petite souris mouillée, racontant ça comme si ça n'était rien. Expliquant qu'elle sait d'une attitude attirer les gens vers elle. « Je sais faire ça ». Place de la République par exemple. Simplement comme des enfants.

- Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Elle entre dans la petite pièce sombre, grise, froide - mais tout de suite un peu moins - où a lieu l'interrogatoire. Elle porte une petite robe à fleurs claires, les cheveux libres, tombant sur les épaules en lourds paquets rassemblés par la pluie. Ses épaules sont mouillées aussi. Elle a les pieds nus dans des tongs plates à brides en cuir, semelles en bois, les mêmes qu'à l'hôtel - pourquoi se souvient-il de ça ? Son mascara coule un peu en dessous de son oeil droit. Il n'aime pas trop cette réaction sentimentale. Pas ici, pas maintenant, ni le lieu, ni l'endroit. Son cœur se pince. Il ne peut s'empêcher de la trouver jolie aussitôt qu'il la voit.

Dehors il pleut.

Il ne l'a pas convoqué, elle est venu se présenter spontanément à lui, lui donnant du « vous » déstabilisant, il avait l'impression de sentir encore l'odeur de sa peau dans son imper qu'elle avait enfilé nue, en riant, à l'hôtel. Avant...

Vos commentaires

1 Le Mercredi 24 Octobre 2007 à 08:26 GMT+2, par hauteclaire

Pourquoi n'importe quoi? J'aime ce flux de pensées en désordre que nous éprouvons si souvent. Vraiment bien "rendu".et toujours...
la suite!!!
Amitiés

2 Le Mercredi 24 Octobre 2007 à 10:32 GMT+2, par Louise

Bonjour,

Moi j'aime, wouah ! Je suis époustoufflée de cette force d'écriture, de description si vraie, si réelle, il faut continuer. C'est tellement humain !
Bravo!
Bises.
Louise.

3 Le Mercredi 24 Octobre 2007 à 11:41 GMT+2, par L'Excessive

Merci ! En fait ce paragraphe est un essai : raconter la même chose que le paragraphe précédent, mais d'un autre point de vue et "à l'envers" et j'avais peur que ça vous déstabilise, que ça soit laid, incompréhensible et vain... mais suis ravie que ça vous plaise ! La suite (et la fin) arrive...

4 Le Dimanche 28 Octobre 2007 à 08:21 GMT+2, par Louise

Juste un coucou en attendant la suite et je te souhaite un bon week-end. A bientôt. Louise.

5 Le Dimanche 4 Novembre 2007 à 14:31 GMT+2, par c.

je crois que ces deux chapitres sont mes deux preferés.

contrairement à ce que tu dis, cette maniere d'inverser le récit est très subtil, et pas du tout gratuite : elle exprime à elle seule l'idée de mémoire et de point de vue, qui sont pour moi la base de l'interet de tout récit.

ouais!

encore.

c.

6 Le Lundi 5 Novembre 2007 à 19:12 GMT+2, par Rimmel

Et bien moi, L'Excessive, je trouve cette façon d'écrire pas "n'importe quoi", enfin si, mais c'est justement là l'intérêt! C'est très contemporain, ça, prends les auteurs de chez Minuit... Et ben des fois c'est bien pire!!! lol (évidemment, je précise que j'adooore les auteurs de Minuit!)

Biz

Rimmel

7 Le Vendredi 20 Juin 2008 à 16:45 GMT+2, par isa

Non, ce n'est ni laid ni choquant, ni même déstabilisant. Tout à fait acceptable dans l'ensemble de l'histoire, et intéressant parce que Morlet est un homme comme un autre, et le lecteur aime bien avoir l'impression qu'il le comprend.

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