Les Hanches Larges

27. Amoureux

un petit retour...

On s'est beaucoup vu, puis moins... 

Je n'avais été amoureux qu'une seule fois, vraiment, avant elle. Enfin si on ne compte pas les amoureuses de l'école primaire !

L'autre fille, c'était pas mal de temps avant, je l'avais rencontré au moment du bac. On était resté 4 ans ensemble, avions parlé d'avenir, d'appartement, d'enfants, et puis plus parlé de rien alors il n'y avait plus d'avenir, deux appartements distincts pour toujours, plus d'enfants communs. Je n'étais pas malheureux de cette séparation, d'ailleurs je vois toujours cette fille. Nous avons réussi à devenir amis après ça. Je la voyais toujours, j'veux dire...

Après cette histoire j'ai eu envie de m'amuser un peu, de ne m'attacher à personne. Des aventures et beaucoup de temps seul aussi mais je ne le vivais pas mal, je m'amusais.

Et puis en novembre, j'ai rencontré cette fille. Je serai bien incapable de savoir pourquoi elle m'a plu. Et si vite surtout. Elle n'est pas particulièrement jolie. Enfin si, bien sur qu'elle l'est ! Mais comme beaucoup de fille de son âge. Elle était place de la République, fumait une cigarette. Elle la portait à chaque fois très au coin droit de sa bouche, ça m'a paru étrange et charmant. Elle avait l'air d'attendre. Peut être qu'elle terminait juste sa clope. Elle portait un long manteau noir cintré et une longue écharpe en laine blanche. Ses cheveux roux - et c'était bien la première fois que je me sentais attiré par une rousse - étaient relevés en un chignon faussement défait. Elle était peu maquillée, portait des chaussures plates. Elle avait l'air sûre d'elle. Quand je lui ai sourit, elle m'a retourné mon sourire et je me suis senti autorisé à lui parler - comme ça, en pleine rue, en plein jour. Quelques heures plus tard, alors que je craignais de sentir le graillon, elle m'a attiré chez elle, on a beaucoup parlé, trouvé des goûts communs et comme naturellement, je l'ai pénétrée. Elle était d'un naturel déconcertant. Je pense que c'est de ça que je suis tombé amoureux d'abord. Bien sur, il y avait aussi ce petit corps sans complexe, les hanches épaisses et souples, les fesses et le ventre généreux, la bouche offerte mais aussi la manière d'écouter et de regarder. Je devenais un autre homme. Mais elle fuyait comme elle s'offrait. Sans explication. On ne pouvait même pas en demander davantage tant elle agissait naturellement. On s'est beaucoup vu, puis moins. Alors j'ai commencé à souffrir. J'ai essayé de lui en parler mais j'voyais bien qu'elle ne m'aiderait pas. Je savais même que je n'étais pas le seul dans sa vie. Je me rassurais, me disant qu'elle agissait comme ça à cause d'une blessure secrète, que ce refus de s'attacher, ce papillonnage venait d'une douleur, d'un abandon. Mais savais très bien que c'était faux. Alors j'ai tenté d'apprendre à prendre ce qu'elle donnait, à rentrer dans son jeu, simplement à vivre. J'ai sans doute été heureux pendant ces quelques semaines. Puis elle a disparu et je ne l'ai pas vraiment cherché. Je l'ai laissé filé comme entre mes doigts. Mais maintenant je suis comme au fond de l'eau verte et boueuse du canal et je ne la vois que par ce filtre immonde. Mais maintenant je suis dans une chambre stérile, le corps ouvert et je n'ai plus que des restes de visions d'elle, des impressions. Mais maintenant je suis enterré et mon corps pourrit et mes vagues pensées pas encore bouffées par les vers vont peut être vers elle, si on est romantique, si on y croit.

Pourquoi vous me posez toutes ces questions ? A quoi ça sert ? Ne voyez vous pas que ça me torture ? Ne puis-je pas avoir enfin la paix ? Maintenant que je ne suis plus chair ? Plus rien ? si ce n'est des maux... Je ne sais rien de plus d'elle de toutes façons. Rien de plus que ces quelques semaines. Ce n'est pas elle qui m'a jeté dans le canal. C'était un garçon. Ça aurait pu être n'importe qui. Il a fallu que...

J'aurai pu ne pas la croiser, ou ne pas la voir sur la place, ou ne pas lui plaire. Alors sans doute je n'en serais pas là.
Mais je suis l'amoureux transis. Et pathétique si vous voulez. Vous me plaigniez. Et j'en vomirais volontiers. Quelques heures dans ses bras, quelques instants la gorges entre ses doigts, j'aurai pu ne jamais les croiser mais je préfère être là. Froid. A présent seulement. Et quand est-il de vous ?

Vos commentaires

1 Le Lundi 19 Novembre 2007 à 19:40 GMT+2, par c.

à part la cigarette, la scéne de la rencontre me rappelle bien des choses...

encore!

:-)

c.

2 Le Mardi 20 Novembre 2007 à 08:19 GMT+2, par hauteclaire

La reprise s'est faite attendre, mais ça en valait la peine!
Heureuse de vous revoir
Amitiés

3 Le Mardi 27 Novembre 2007 à 11:15 GMT+2, par Louise

Bonjour,

Heureuse de te retrouver, quelle reprise, la beauté de l'écriture et la force de la douleur me touchent beaucoup.
Mais maintenant je suis enterré et mon corps pourrit et mes vagues pensées pas encore bouffées par les vers vont peut être vers elle, si on est romantique, si on y croit.
Bravo. A bientôt. Louise.

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