Les Hanches Larges

Aparté - dimanche 4 mai 2008

Où l'on redécouvre des émotions par la nourriture, où l'on a envie de croire que « quand l'appétit va, tout va »...

Une fois n'est pas coutume, je vais parler de moi... il est question de cuisine, de larmes de joie et de dimanche aux accents de perfection, bien que je trouve ce mot à la limite du dangereux...

C'est un petit restaurant rue Oberkampf, près du boulevard Voltaire. Une façade peinte, une porte bleue, une salle toute en longueur, étroite comme un couloir. Repéré il y a plus de deux ans alors que je n'habitais pas loin, je n'y étais jamais entrée. Manque d'occasion, pas d'envie.

Dimanche 4 mai, il fait très beau. Pancakes, expo de Valérie Mréjen au Jeu de Paume (très très bien, que cela soit dit en passant...), apéritif au bord du canal de l'Ourcq. IL me propose d'aller dîner quelque part, histoire de finir entre nous ce dimanche tout en douceur. On ne sait pas trop ce qu'on veut, envie de quelque chose de léger, envie de marcher un peu avant aussi. Au fil des propositions, je lui reparle de ce restaurant devant lequel nous étions déjà passé et dont je lui avais parlé et nous voilà d'accord.

A peine entrer, nous sommes conquis. Au milieu de l'étroite salle, une table où sont préparés les pâtes fraîches, une serveuse très gentille, avec un accent qui chante ses origines. Je vais au toilettes. Je sais, je ne pense pas qu'on puisse juger d'un restaurant en fonction de ses toilettes mais cet endroit est joli jusqu'à cette petite pièce recouverte de mosaïque bleue du sol au plafond. Quand je reviens à notre table, la carte. Des entrées me font saliver. Dans les plats de pâtes, je dois en éliminer 3 sur les 6 parce que je n'aime pas les fruits de mer mais je trouve mon bonheur. Nous décidons de nous partager une entrée : des lardons au vinaigre balsamique. IL prend des lasagnes, moi des pâtes aux lardons (non ce n'est pas une obsession chez moi !), courgettes, tomates et basilic.

Notre entrée arrive. C'est un régal. Je ne sais pas parlé de nourriture, c'est la première fois que je m'y essaie. Ça avait un goût que je ne connaissais pas. D'abord, le lardon était excellent. Non pas que je m'y connaisse particulièrement mais ils sentaient vraiment la viande (pas le lardon Herta quoi !) et le fumé, comme si chaque goût était identifiable et merveilleusement mélangé aux autres. Avec le vinaigre balsamique et la salade, c'est une explosion. A côté de nous, des habitués discutent avec celle qui semble être la patronne, ils connaissent bien le lieu, prennent l'assiette de charcuterie qui nous fait saliver - là je commence à me demander si c'est à force de limer mes émotions que ce plat de charcuterie suffit à me remplir de bonheur... et si on peut remplir sa vie avec de la nourriture à défaut d'avec des gens...

Puis ce sont nos plats qui arrivent. On les sent avant de les goûter parce que c'est bon. Mes pâtes. Toutes en finesse. La courgette qui a le goût de la courgette, je croyais presque que ça n'existait que chez mes parents, celles qu'ils font pousser dans leur jardin. Le basilic qui parfume tout. Toujours ce mélange de goûts, où chacun ressort grandit par les autres. On a pensé à une scène de Ratatouille, quand le rat Rémi apprend à son frère à manger de bonnes choses, à mélanger les saveurs.

Mais le clou, ce sont SES lasagnes. Elles sont brûlantes quand IL me fait goûter la première bouchée, mais je me resservirai après. Je ne savais pas qu'un plat de lasagnes pouvait donner les larmes aux yeux... je m'émeus peut être de peu de chose mais j'assume le fait d'être une débutante en la matière, de me faire laisser séduire par une porte bleue, un suspens de plus de 2 ans pour savoir ce qui se cache derrière, de jolis WC, une serveuse sympa et un dimanche d'une grande douceur. Bref, les lasagnes sont un régal que je ne peux décrire. La viande, la crème, tout. Alors une émotion, oui, et les yeux humides à cause d'un plat de pâtes, oui !

Après cela, nous n'avons plus d'appétit pour un dessert (nous n'aimons ni l'un ni l'autre le tiramisu, le reste ne nous tente pas assez pour qu'on achève nos estomacs), IL prend un café. J'en meurs d'envie mais me retiens, je travaille demain et il faut que je dorme ce soir. Mais je goûte une gorgée du sien. Je bois du café depuis très peu de temps mais celui ci était hyper bon (pardonnez moi le langage, j'en ai vraiment perdu mes mots), très sucré, assez lourd et épais, "rond" en fait, le goût marqué, un vrai délice. Re-les larmes aux bords des yeux. IL décide de m'inviter et IL croit que je plaisante quand je dis que je veux sortir vite parce que je vais pleurer. La fille met un peu de temps à arriver avec sa machine à carte alors je ne me retiens plus. Ça nous fait rire, forcément, les larmes de joie pour des lasagnes et un café ! Ajouter à ça qu'ayant pris mon stylo en fin de soirée pour tenter de noter quelques unes des mes impressions, pour pas qu'elles s'échappent trop vite, pour partager un peu, nous sommes partis sur une conversation à propos de tous les lieux que nous aimons et sur lesquels nous pourrions écrire. Des restaurants et bars, nous sommes passés aux endroits qui sont devenus un peu les nôtres... Je suis sortie du restaurant, je pleurais tout à fait et nous riions toujours.

IL me raccompagne jusqu'à Bastille pour que je rentre chez moi, il n'est même pas question que nous dormons ensemble, j'ai vraiment besoin d'être seule et lui sans doute aussi. Je prends le métro un peu comme sur un nuage, tenant jusqu'à chez moi la carte du restaurant au creux de ma main.

Je ne savais pas qu'on pouvait pleurer pour des lasagnes et un café (jusqu'ici, je crois que seul le chocolat pouvait me mettre dans des états étranges)... mais ne venez pas me dire que c'est peut être autre chose qui m'a mis dans cet état délicieux et douloureux !

Des larmes de joie. Un bon dimanche...

« More »... :-)

 

L'Osteria dell Anima, au 37 rue Oberkampf 75011 Paris.  

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